LE LOGEMENT POUR LA JUSTICE SPATIALE : DES COOPÉRATIVES POUR FEMMES À MONTRÉAL

Montréal compte des centaines de coopératives d’habitation. Plusieurs d’entre elles ont été fondées par des femmes militantes et professionnelles de la classe moyenne afin de rendre autonomes les femmes à faible revenu. Cette recherche étudie la manière dont les conceptions physiques (architecturales) des coopératives de logement féministes ont cherché à autonomiser les femmes et comment les aspects de leur conception ont été reçus par les résidents.

Les coopératives de logements féministes s’inscrivent dans la longue histoire des actions et des mouvements des femmes pour améliorer les villes en Amérique du Nord pour les femmes au XXIe siècle, depuis les féministes matérialistes, le settlement movement ainsi que le combat pour le droit de vote, au féminisme de la deuxième vague qui a conduit à des perspectives concurrentes et complémentaires sur les femmes, et plus particulièrement sur la façon dont elles vivent et utilisent l’environnement bâti et sur la façon dont leur expérience peut être améliorée. Un courant préconisait notamment l’intégration d’espaces et d’institutions jusqu’alors réservés aux hommes, et la création parallèle d’espaces réservés aux femmes, tels que les bibliothèques pour femmes, les logements pour femmes et les refuges pour femmes (Espagne, 2016). Les coopératives de logement féministes s’inscrivent dans ce dernier schéma.

Cette recherche examine plusieurs projets de logement pour femmes, créés à Montréal et gérés par des coopératives. Les militantes féministes du logement ont reconnu que les femmes, et en particulier les familles monoparentales dirigées par des femmes, étaient désavantagées tant sur le marché du travail que dans l’accès à un logement abordable (Wekerle, 1980). Les projets de logement coopératif ont contribué à la revitalisation des quartiers du centre-ville en améliorant le parc immobilier et les réseaux communautaires existants sans provoquer de déplacements. Les féministes ont mis l’accent sur les espaces collectifs et les équipements partagés qui favoriseraient la diversité, mais, comme le montre notre recherche, de telles ambitions n’ont pas atteint les objectifs du CMHSC ni ceux d’autres organismes de financement qui visaient à normaliser les unités et à faire face à la réalité de leurs maigres budgets. Même lorsqu’elles en ont eu les moyens et qu’elles en ont pris conscience, d’autres problèmes sont apparus concernant la participation et le maintien de l’ordre. En examinant comment ces importantes expériences ont réussi en utilisant l’histoire orale et l’analyse du paysage culturel, cette recherche contribue aux discussions actuelles sur l’activisme en matière de logement et les relations entre logement et genre.

Ipek Tureli et Virginie Lasalle
recherche subventionnée par Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada , la Chaire de recherche du Canada en Architecture de la Justice Spatiale et la Fondation Canadienne pour l’innovation 2018-

L’ART ET LA SCIENCE DE CONSTRUIRE, PIER LUIGI NERVI

Un véritable maître de la pierre artificielle et industrialisée, le « ciment armé », Pier Luigi Nervi (1891-1979) est certainement parmi les ingénieurs en structure les plus influents du vingtième siècle. Nervi combine son approche humaniste de l’ingénierie avec une démarche d’exploration ancrée dans le travail de la matière pour déterminer un axe de recherche et d’application du béton armé et du ferrociment en particulier qui allait lui permettre de réaliser un corpus d’oeuvres remarquables aussi bien en matière de techniques de construction que de formes architecturales. Durant sa carrière, Nervi a participé à la réalisation d’édifices iconiques de l’architecture du vingtième siècle comme le Palazzetto dello sport à Rome (1958), le Palais du Travail à Turin (1960) et la tour Pirelli à Milan (1960). Une autre réalisation majeure, qui est d’ailleurs en lien direct avec Montréal, est la tour de Place Victoria (1964), qu’il conçoit en collaboration avec l’architecte Luigi Moretti.

Ce projet autour de l’oeuvre de Pier Luigi Nervi comporte plusieurs composantes : présentation d’une exposition itinérante accompagnée d’un volet local, une conférence publique, une journée d’étude, et une visite accompagnée d’une conférence grand public. L’exposition, intitulée Pier Luigi Nervi. L’art et la science de construire, est une version itinérante, allégée et adaptée de l’exposition Pier Luigi Nervi : Architecture as Challenge présentée pour la première fois à Bruxelles en 2010. Cette exposition sera présentée au Centre de design de l’UQAM du 20 septembre au 20 novembre 2020. Le volet local de l’exposition sera préparé par des professeurs de l’École de design de l’UQAM et de l’École d’architecture de l’Université de Montréal. Ce contenu à la fois distinct et original permettra de porter un regard sur la contribution de Nervi au développement de trois pratiques constructives interreliées : la préfabrication, l’expérimentation en laboratoire, et l’industrialisation. Intitulée Nervi. Maître concepteur, ce volet de l’exposition sera basé sur la documentation, l’analyse et la représentation en maquette d’un groupe de projets réalisés par Nervi qui témoignent de son approche atypique de la conception dans la production de l’environnement bâti.

L’exposition itinérante et son volet local serviront de point d’ancrage pour l’organisation d’activités de réflexion et de diffusion auprès de divers publics : une conférence publique sur l’originalité conceptuelle et constructive de Nervi, une journée d’étude sur les rapports entre conception et expérimentation chez Nervi et son héritage au 21e siècle, une visite guidée de Place Victoria à Montréal, et une conférence grand public sur une expérience de travail avec Nervi.

Plusieurs organismes parrains ont déjà confirmé leur intérêt à être associés à ce projet : l’Institut Italien de la Culture de Montréal, l’Ordre des architectes du Québec, Le groupe Petra, l’organisme Docomomo Québec, La chaire Industrielle Pomerleau Construction associé à l’école Polytechnique Montréal ainsi que l’Institut Canadien du béton préfabriqué et précontraint. La diversité de ces partenaires témoigne d’emblée du caractère fédérateur de ce projet d’exposition, de réflexion et de diffusion. Même plusieurs décennies après la fin de sa carrière, Nervi demeure une icône emblématique de la modernité en architecture et continue de susciter un grand intérêt interdisciplinaire. Le présent projet autour de l’oeuvre de Nervi permettra de cadrer son importance, de redécouvrir les leçons de sa pratique de concepteur / constructeur, de diffuser ces leçons pour un public large et transdisciplinaire et d’engager des discussions porteuses entre l’ensemble des intervenants du projet.

Carlo Carbone, Louise Pelletier, Bechara Helal et Réjean Legault
Exposition et colloque au Centre de design de l’UQAM financée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Programme Connexion), l’Institut italien et l’Ordre des Architectes du Québec 2020-2021

LA VILLE EXTRAORDINAIRE: APPRENDRE DES CONNAISSANCES URBAINES DES ANCIENS A MONTREAL PAR LA RECHERCHE-CRÉATION ET L’HISTOIRE ORALE.

Problématique
Que savent les Montréalais âgés des changements urbains ? Comment pouvons-nous utiliser des moyens créatifs pour mettre en avant ces connaissances et cette expérience, et partager et diffuser leurs valeurs avec le public et les décideurs ? Comment ces connaissances peuvent-elles servir de guide vers une ville plus durable, plus juste et plus inclusive ? La ville extraordinaire soutiendra la création de parcours interdisciplinaires pour rassembler et rendre public l’extraordinaire savoir urbain détenu par les Montréalais âgés.

Contribution à la connaissance
Les quatre groupes communautaires avec lesquels nous travaillons sont culturellement, racialement, linguistiquement et politiquement divers et représentent des quartiers très différents de Montréal. Notre méthodologie combine l’histoire orale, les arts communautaires, la scénographie urbaine, la collecte de données et la cartographie afin d’enregistrer, de répondre et de diffuser les connaissances urbaines distinctes de ces partenaires de façon créative. En utilisant des outils numériques, des techniques de cartographie déjà éprouvées comme nouvelles, ainsi que des méthodes créatives axées sur le lieu, nous mobiliserons une approche intergénérationnelle, interculturelle et interdisciplinaire pour répondre à nos principales questions de recherche : que savent les Montréalais âgés des changements urbains ? Comment pouvons-nous utiliser des moyens créatifs pour mettre ces connaissances à l’avant-plan les partager avec le grand public comme avec les décideurs au sens large ? Comment, enfin, ces connaissances peuvent-elles servir de guide multilingue vers une ville plus durable, plus juste et plus inclusive ?
La ville extraordinaire établira des liens constructifs entre les connaissances des Montréalais âgés sur les changements urbains et les productions artistiques publiques. Pour nous, les villes ne sont pas simplement des paysages de jeunesse et de mobilité sans entraves. En plus de servir d’intervention stratégique dans le discours vieillissant qui s’intensifie au Québec, notre partenariat soutiendra que la mémoire vivante et la narration publique et créative sont de puissants moyens de parvenir à un engagement collectif et à une transformation sociale d’envergure.

Portée
La ville extraordinaire rassemblera et rendra public l’extraordinaire savoir urbain détenu par les Montréalais âgés. Notre partenariat mettra en œuvre la recherche-création en histoire orale comme méthode principale, et nous exposerons nos résultats en 2023-24 dans un important musée de Montréal, Mémoire des Montréalais.es, qui nous aidera à rendre ces connaissances visibles, audibles et palpables. Notre objectif – rassembler et de partager les connaissances des aînés sur les changements urbains – est en fin de compte de stimuler des dialogues plus solides et plus inclusifs sur l’avenir urbain de Montréal, en tant que lieu intergénérationnel, interculturel et historique.

Cynthia Hammond (PI), Shauna Janssen (Concordia University), Denis Bilodeau et Ursula Eickerand (Concordia University)
recherche subventionnée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Développement des partenariats) 2020-2022

LES ESPACES D’UNE JUSTICE RÉPARATRICE ET TRANSITOIRE : ARCHITECTURE, HISTOIRE ORALE ET DESIGN

Problématique
Ce projet vise à comprendre l’environnement bâti comme le contexte physique principal de la « justice réparatrice » et de la « justice transitionnelle ». Ces approches alternatives de la justice valorisent la vérité, la responsabilité, la réparation, la réconciliation, la résolution des conflits et la participation démocratique, et elles sont de plus en plus utilisées dans les contextes post-coloniaux et post-conflit. Malgré l’essor des paradigmes de justice alternative, les espaces de justice transitionnelle et réparatrice sont rarement conçus à des fins spécifiques, et encore moins étudiés relativement à leur mode de conception. L’objectif du projet proposé est donc de produire des recherches et des créations qui apporteront des connaissances scientifiques ainsi qu’un service pratique aux efforts de justice alternative dans le domaine spécifique de l’espace. Nous proposons de créer des réponses pratiques et ouvertes à notre question principale : Comment la conception spatiale pourrait-elle soutenir et encourager les paradigmes de justice non traditionnels ?

Contribution à la connaissance
Notre projet permettra d’accroître l’accessibilité, la circulation et l’échange de connaissances sur les espaces de justice réparatrice et transitoire. Au cours des phases I et II du projet, nous rassemblerons des recherches secondaires et téléchargerons sur notre site web/banque de données en libre accès des exemples d’espaces dans lesquels on observe la pratique de justice réparatrice et transitoire. Chaque élément sera accompagné d’un court texte rédigé par les membres de l’équipe. Ceux-ci expliqueront l’exemple et sa signification dans le cadre plus large de la conception de la justice réparatrice et transitoire (quel est précisément l’espace ? Où est-il situé ? A quoi sert-il en termes de justice réparatrice et/ou transitoire ? Que peut-on en apprendre ?). De cette façon, le projet fournira une ressource à la fois à la communauté universitaire et à une communauté internationale de praticiens de modèles de justice non traditionnelle cherchant à en savoir plus sur les problèmes et les précédents dans ce domaine.
Les phases III et IV du projet sont également conçues pour mobiliser les connaissances que nous produirons. Les cinq prototypes de conception produits au cours de la phase III seront ajoutés à notre site web/base de données, ainsi que des extraits d’interviews (avec permission des personnes interviewés). Ces ajouts augmenteront considérablement la valeur et la diffusion du projet auprès du public. Dans la phase IV, l’essai final coécrit et revu par les pairs suscitera un large lectorat dans les domaines des études de la justice, de la justice réparatrice et transitoire et de la défense de la justice.

Portée
Ce projet bénéficiera à la création de connaissances et aux résultats intellectuels en étant le premier projet de recherche universitaire, à notre connaissance, à réaliser une enquête publique sur les espaces de pratiques de justice réparatrice et transitoire dans différents pays. Parce qu’il portera sur des espaces conçus à dessein et des espaces de fortune, il intéressera tout autant les historiens de l’environnement bâti que les militants.

Cynthia Hammond (PI), Ipek Türeli et Luis Sotelo Castro (Concordia University),
recherche subventionnée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Programme développement Savoir) 2020-2022

UNE ÉCOLOGIE DES CULTURES DU BOIS AU CANADA (2003-2020) : COMPARAISON DES CULTURES CONSTRUCTIVES À TRAVERS LES PROJETS ARCHITECTURAUX PRIMÉS

À l’intersection de la théorie architecturale et des études culturelles, cette recherche examine l’architecture en bois comme un univers symbolique qui nous permet d’étudier la présence de la nature dans la culture humaine. Cette recherche théorisera la diversité des expressions de la qualité dans l’architecture canadienne, des points de vue de la préoccupation environnementale, de la culture constructive et de l’expression architecturale. En considérant l’architecture en bois comme une forme d' »écologie culturelle », elle cherchera à révéler comment les cultures canadiennes représentent et symbolisent leurs relations avec la terre et les ressources naturelles, ainsi qu’avec les cultures de ses peuples fondateurs.

Malgré l’intérêt pour le bois comme alternative majeure aux matériaux de construction à base de combustibles fossiles, cette recherche met en évidence le spectre symbolique des bâtiments en bois qui va des traditions locales et indigènes à l’esthétique écologique, représentant des formes de fabrication qui reposent à la fois sur une pratique traditionnelle de l’architecture et sur les technologies de construction récentes comme la conception assistée par ordinateur. Nous cherchons à mieux interpréter et comprendre comment les progrès de la pratique architecturale et des techniques de construction affectent la façon dont l’architecture est envisagée et construite au Canada au cours des dernières décennies. Parallèlement à l’étude de l’influence des considérations environnementales sur les formes architecturales au Canada, nous donnerons un sens à la dissonance au sein de la théorie de l’architecture entre les idées sur l’interdépendance et de l’autonomie de la forme architecturale (son apparence visuelle), du matériau (de quoi il est fait) et de la signification (les messages et idéaux qu’il exprime). Cette enquête fournira également une étude empirique mettant en perspective deux points de vue théoriques en matière de théorie architecturale. Ils ont été respectivement soutenus par les auteurs Kenneth Frampton (Columbia University) et Antoine Picon (Harvard University) qui défendent des points de vue opposés sur la matérialité et la culture numérique. Considérant un corpus de projets primés centrées sur le bois comme matériau de construction durable, cette recherche évaluera l’architecture canadienne exemplaire des bâtiments culturels publics et sa reconnaissance analytique en tant que pratique culturelle. Grâce à une série d’analyses comparatives au sein d’un corpus empirique de 40 projets récompensés en Ontario et au Québec, entre 2003 et 2020, nos principaux objectifs et nos principales phases de recherche sont les suivants :

Identification et illustration des expressions culturelles dans l’architecture en bois canadienne
Afin d’obtenir une compréhension approfondie de la variété des pratiques et des cultures dans l’architecture canadienne en bois, nous documenterons et analyserons les bâtiments en bois récompensés (par le biais de photographies, de dessins, de modèles physiques, de textes, etc.) Nous étudierons et identifierons ensuite les tensions entre les discours sur la durabilité et l’expression architecturale, ce qui nous permettra de sonder la place occupée par l’architecture en bois comme (1) une forme symbolique d’environnementalisme, comme (2) une stratégie pour s’engager avec les perceptions esthétiques, comme (3) lieu d’un débat sur les cultures traditionnelles et numériques dans la conception architecturale, et comme (4) un moyen pour les concepteurs d’encourager la vitalité des communautés et industries locales.

Visualisation et diffusion des résultats de la recherche
Les 40 projets étudiés seront publiés dans une source en libre accès, l’Atlas de l’excellence en architecture, une plateforme de documentation et de recherche sur l’architecture canadienne primée. Nous soumettrons également des travaux universitaires sur l’architecture canadienne en bois à une variété de publications en libre accès et évaluées par des pairs, ainsi que des présentations scientifiques dans le cadre d’événements universitaires. D’autres documents seront rassemblés et organisés pour une exposition d’architecture en bois canadienne exemplaire.

Izabel Amaral (Laurentian University), Jean-Pierre Chupin et Carmela Cucuzzella,
recherche subventionnée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Programme développement Savoir) 2020-2022

LES GRATTE-CIELS, UNE RÉPONSE COMPLEXE À LA MONTÉE DES EAUX

La recherche se propose de définir les principes d’une nouvelle typologie de gratte-ciel capable de répondre aux défis de la montée des eaux, à la fois grâce à une meilleure résilience des niveaux inférieurs et à des adaptations potentielles des étages supérieurs à des fins de sécurité et de collecte d’énergie.

Objectifs :
Cette recherche exploratoire mettra en évidence les catégories de gratte-ciel les plus favorables à une adaptation de leurs étages inférieurs et supérieurs visant à les rendre plus résilients.
Problématique : Comment les gratte-ciels traditionnels pourraient-ils tenir debout en cas de grandes inondations ?
Questions de recherche :
1 – Quelles sont les principales stratégies de conception qui peuvent être déployées par les architectes pour transformer les niveaux inférieurs en cas de submersion ?
2 – Comment repenser les niveaux supérieurs, afin de permettre un refuge temporaire pour les usagers ?

Portée :
De New York à Shanghai, les villes côtières sont menacées par l’élévation du niveau de la mer et les marées de tempête imprévisibles. Selon un pronostic bien connu, d’ici 2050 environ 68 % de la population mondiale vivra dans des zones urbaines (Révision des perspectives d’urbanisation mondiale, 2018), ce qui implique le développement de structures verticales. 90 % des plus grandes villes du monde sont situées en bord de mer, pourtant, jusqu’à présent, la plupart des efforts déployés pour faire face au changement climatique ont porté bien davantage sur l’atténuation que sur l’adaptation. (Depietri. McPhearson. 2017).
Ces dernières années, les questions liées à l’eau ont fait l’objet d’une grande attention de la part de la communauté internationale. La seule réponse à cette tragédie imminente est d’adopter sans délais une stratégie efficace. (Dimensions of Sustainability, 1999.)
Jusqu’à présent, plusieurs stratégies d’ajout de superstructures ont été proposées dans des villes comme New York. Par exemple, le groupe de développement JDS a redessiné les toits des immeubles résidentiels, créant malheureusement des architectures peu excitantes et réservées aux résidences luxueuses. Ce genre de solution n’est donc pas pertinente pour d’autres types de structures de grande hauteur.

Contributions à long-terme :
Cette recherche contribuera au nécessaire débat sur le design des gratte-ciels contemporains, et plus particulièrement sur l’adaptation des systèmes aux effets du changement climatique. La recherche ouvrira la voie à une stratégie d’adaptation des structures existantes. Elle permettra également de questionner l’esthétique des gratte-ciels à l’ère du changement climatique, dans laquelle ils pourraient devenir des instruments actifs de la résistance et la résilience des villes à des menaces sans précédent.

Mandana Bafghinia, candidate au doctorat, chercheuse responsable
Superviseurs : Jean-Pierre Chupin et Bechara Helal
Assistant de recherche : Conor DeSantis, étudiant en master d’études urbaines

Recherche financée par le Council of Tall Building and Urban Habitat (CTBUH – student research award),

LE TOURNANT ÉCO-DIDACTIQUE DES INSTALLATIONS D’ART ET DE DESIGN DANS LE DOMAINE PUBLIC (1992 – 2017)

Problématique
Ce programme de recherche permettra de cartographier et de théoriser un nouveau type de pratique de l’art environnemental qui a émergé au cours des deux dernières décennies dans les contextes urbains canadiens. Cette nouvelle forme d’art a développé un « discours explicatif » caractéristique ou une stratégie rhétorique dans le domaine public, et traverse les disciplines de l’art, de la conception environnementale et de l’architecture. Nous appellerons provisoirement cette forme d’art « installation éco-artistique ». Ce mode distinct d’installation publique ne cherche pas seulement à persuader le spectateur des priorités écologiques ; il est plutôt motivé par le besoin impérieux d’expliquer et constitue donc en soi une forme entièrement nouvelle de discours explicatif qui transfère ce que nous appelons les « éco-enseignements » dans le domaine public. Nous estimons que ces nouveaux « dispositifs » artistiques témoignent d’un changement historique dans la relation des citoyens aux questions environnementales primordiales au cours des deux dernières décennies. Dans l’écart croissant entre la conscience collective et l’engagement individuel, les artistes ont trouvé un nouveau terrain d’action pour éclairer le public.

Contribution à la connaissance
Malgré le nombre croissant d’installations d’art éco, cette catégorie n’a pas encore fait l’objet d’une attention critique, notamment en raison de la combinaison complexe de l’art, du design, de l’espace public et des éco-enseignements. Nous pensons que la raison de ce manque d’attention réside, en partie, dans le fait que ces œuvres sont intrinsèquement difficiles à évaluer selon les méthodes disciplinaires traditionnelles : elles s’inspirent des beaux-arts, tout en mettant l’accent sur un certain didactisme que les discours artistiques de la fin du 20e et du début du 21e siècle regardent avec méfiance. Ces œuvres sont souvent profondément ancrées dans la conception durable, et, si elles occupent un espace qui évoque à bien des égards l’architecture, l’urbanisme et l’aménagement paysager, elles sont rarement confinées dans l’expertise de ces professions. L’émergence de cet art peut être liée à ce que le public perçoit comme l’échec persistant des politiciens à faire face à la crise écologique. Au-delà de la constitution d’un répertoire en ligne d’installations représentatives de l’art éco canadien, le principal objectif de cette recherche est de documenter les stratégies conceptuelles qui sont le véhicule de ce nouveau discours explicatif dans l’art éco public, et de théoriser la nature didactique des éco-enseignements qui en résultent. Notre hypothèse est que ces nouvelles pratiques hybrides dans le domaine public sont les dépositaires de connaissances inexploitées et indiquent des solutions potentielles, encapsulant une dimension particulière de la conscience environnementale, tout en se distançant de l’éthos abstrait de leurs prédécesseurs. Comment ces pratiques explorent-elles la conjonction de l’art, du design, de l’espace public et de la préoccupation écologique avec des stratégies hautement didactiques ?

Portée
Outre une cartographie scientifique monographique, des publications et des communications, les résultats de cette recherche, rassemblés sur une plateforme numérique bilingue en ligne intitulée « Carte canadienne de l’éco-art », répondront à des objectifs à la fois scientifiques et éducatifs, tels que définis, entre autres, par l’UNESCO, en diffusant l’expertise canadienne dans ce domaine et en présentant spécifiquement les approches didactiques et les idées potentiellement évolutives. Dans une économie numérique en pleine croissance, cette carte sera une ressource importante et innovante pour les étudiants de tous les domaines de l’art et du design, au Canada et dans le monde entier, ainsi pour les institutions et les agents de commande. A travers elle, les citoyens pourront se familiariser davantage avec les débats et les controverses importantes sur l’environnement et seront invités à prendre part à la conversation. Notre analyse des installations d’art éco devrait permettre d’accéder à une compréhension plus approfondie des questions environnementales actuelles et constituer une base de connaissances pour les générations futures.

Carmela Cucuzzella, Cynthia Hammond et Jean-Pierre Chupin
recherche subventionnée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Programme Savoir) 2018-2022

L’ARCHITECTURE SCOLAIRE EN CENTRE-VILLE COMME ESPACE DE RECHERCHE CRÉATION

Cette recherche-création vise à explorer le potentiel didactique de l’architecture dans son rapport avec la ville à travers l’étude et la conception des lieux de l’entre-deux. La problématique de l’innovation en matière d’architecture scolaire en centre-ville canadien au 21e siècle s’y trouve abordée dans une exploration des interfaces entre l’école et la ville

La spatialité de l’entredeux a été étudiée par l’architecte Aldo van Eyck dans les années 1960 ainsi que par le théoricien et professeur Bernard Tschumi depuis le début des années 1990. Leurs écrits et leurs œuvres constituent des références importantes pour notre projet. Les lieux qui relient les espaces d’enseignement et la ville constituent encore une zone grise de la recherche actuelle sur l’architecture scolaire qui tend à s’adresser surtout à la réussite scolaire dans un objectif d’éducation, de socialisation et de qualification à l’emploi plutôt qu’à théoriser la conception des lieux. Nous considérons toutefois que l’expérience d’une architecture attentive à la qualité des espaces d’enseignement et de la ville peut contribuer à sensibiliser les jeunes citoyens à la qualité du cadre bâti.

La conception des écoles et des lieux de l’entre-deux présente de nouveaux défis car les programmes fonctionnels et techniques évoluent lentement. Ces documents techniques qui décrivent en termes qualitatifs et organisationnels les projets d’édifices et à partir desquels les écoles sont conçues reproduisent un modèle d’édifice monofonctionnel avec terrain de jeu extérieur au ras de la chaussée bien qu’il ne corresponde plus depuis longtemps aux réalités foncières des centres-villes.

De façon paradoxale, plusieurs villes canadiennes sont en déficit d’écoles élémentaires qui, pourtant, jouent un rôle clé pour favoriser le développement urbain. Cette recherche-création propose un mode d’investigation original prenant appui sur le concours d’idées. En architecture, un concours d’idées ne mène pas forcément à la construction du projet lauréat, son objectif étant de faire émerger des propositions innovantes et de contribuer activement au débat public.

En plus d’être analysés, les résultats du concours pilote seront accessibles en ligne, en français et en anglais, sur le site de Catalogue des Concours Canadiens et feront l’objet d’une exposition publique. Ce faisant, ce projet entend contribuer également à la définition de la recherche-création en architecture ainsi qu’à une meilleure compréhension du rôle des concours dans le renouvellement de la discipline et de la profession. Il soutiendra la formation de futurs chercheurs et de futurs architectes qui seront initiés à la recherche en travaillant sur des questions qui exigeront leur contribution dans les années à venir.

La méthodologie du projet reprend un principe que nous avons testé lors d’un premier projet de recherche-création CRSH qui portait sur le logement social en tant que moteur de la transformation des centres-villes canadiens et montréalais : le volet création reposait également sur la tenue d’un concours mobilisant des étudiants de niveau maîtrise.

Ce nouveau projet entend mobiliser des chercheurs des disciplines de l’architecture, de la pédagogie, de la sociologie, de la psychologie, du design urbain et du paysage en vue de développer de nouvelles collaborations pancanadiennes. À l’extérieur de la communauté des chercheurs, le projet devrait fortement intéresser les commissions scolaires des grandes villes au Canada et à l’international, ainsi que des groupes représentant diverses parties prenantes.

Anne Cormier, Jean-Pierre Chupin et Georges Adamczyk
recherche subventionnée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Programme Développement Savoir) 2018 – 2021