UNE ÉCOLOGIE DES CULTURES DU BOIS AU CANADA (2003-2020) : COMPARAISON DES CULTURES CONSTRUCTIVES À TRAVERS LES PROJETS ARCHITECTURAUX PRIMÉS

À l’intersection de la théorie architecturale et des études culturelles, cette recherche examine l’architecture en bois comme un univers symbolique qui nous permet d’étudier la présence de la nature dans la culture humaine. Cette recherche théorisera la diversité des expressions de la qualité dans l’architecture canadienne, des points de vue de la préoccupation environnementale, de la culture constructive et de l’expression architecturale. En considérant l’architecture en bois comme une forme d' »écologie culturelle », elle cherchera à révéler comment les cultures canadiennes représentent et symbolisent leurs relations avec la terre et les ressources naturelles, ainsi qu’avec les cultures de ses peuples fondateurs.

Malgré l’intérêt pour le bois comme alternative majeure aux matériaux de construction à base de combustibles fossiles, cette recherche met en évidence le spectre symbolique des bâtiments en bois qui va des traditions locales et indigènes à l’esthétique écologique, représentant des formes de fabrication qui reposent à la fois sur une pratique traditionnelle de l’architecture et sur les technologies de construction récentes comme la conception assistée par ordinateur. Nous cherchons à mieux interpréter et comprendre comment les progrès de la pratique architecturale et des techniques de construction affectent la façon dont l’architecture est envisagée et construite au Canada au cours des dernières décennies. Parallèlement à l’étude de l’influence des considérations environnementales sur les formes architecturales au Canada, nous donnerons un sens à la dissonance au sein de la théorie de l’architecture entre les idées sur l’interdépendance et de l’autonomie de la forme architecturale (son apparence visuelle), du matériau (de quoi il est fait) et de la signification (les messages et idéaux qu’il exprime). Cette enquête fournira également une étude empirique mettant en perspective deux points de vue théoriques en matière de théorie architecturale. Ils ont été respectivement soutenus par les auteurs Kenneth Frampton (Columbia University) et Antoine Picon (Harvard University) qui défendent des points de vue opposés sur la matérialité et la culture numérique. Considérant un corpus de projets primés centrées sur le bois comme matériau de construction durable, cette recherche évaluera l’architecture canadienne exemplaire des bâtiments culturels publics et sa reconnaissance analytique en tant que pratique culturelle. Grâce à une série d’analyses comparatives au sein d’un corpus empirique de 40 projets récompensés en Ontario et au Québec, entre 2003 et 2020, nos principaux objectifs et nos principales phases de recherche sont les suivants :

Identification et illustration des expressions culturelles dans l’architecture en bois canadienne
Afin d’obtenir une compréhension approfondie de la variété des pratiques et des cultures dans l’architecture canadienne en bois, nous documenterons et analyserons les bâtiments en bois récompensés (par le biais de photographies, de dessins, de modèles physiques, de textes, etc.) Nous étudierons et identifierons ensuite les tensions entre les discours sur la durabilité et l’expression architecturale, ce qui nous permettra de sonder la place occupée par l’architecture en bois comme (1) une forme symbolique d’environnementalisme, comme (2) une stratégie pour s’engager avec les perceptions esthétiques, comme (3) lieu d’un débat sur les cultures traditionnelles et numériques dans la conception architecturale, et comme (4) un moyen pour les concepteurs d’encourager la vitalité des communautés et industries locales.

Visualisation et diffusion des résultats de la recherche
Les 40 projets étudiés seront publiés dans une source en libre accès, l’Atlas de l’excellence en architecture, une plateforme de documentation et de recherche sur l’architecture canadienne primée. Nous soumettrons également des travaux universitaires sur l’architecture canadienne en bois à une variété de publications en libre accès et évaluées par des pairs, ainsi que des présentations scientifiques dans le cadre d’événements universitaires. D’autres documents seront rassemblés et organisés pour une exposition d’architecture en bois canadienne exemplaire.

Izabel Amaral (Laurentian University), Jean-Pierre Chupin et Carmela Cucuzzella,
recherche subventionnée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Programme développement Savoir) 2020-2022

LES GRATTE-CIELS, UNE RÉPONSE COMPLEXE À LA MONTÉE DES EAUX

La recherche se propose de définir les principes d’une nouvelle typologie de gratte-ciel capable de répondre aux défis de la montée des eaux, à la fois grâce à une meilleure résilience des niveaux inférieurs et à des adaptations potentielles des étages supérieurs à des fins de sécurité et de collecte d’énergie.

Objectifs :
Cette recherche exploratoire mettra en évidence les catégories de gratte-ciel les plus favorables à une adaptation de leurs étages inférieurs et supérieurs visant à les rendre plus résilients.
Problématique : Comment les gratte-ciels traditionnels pourraient-ils tenir debout en cas de grandes inondations ?
Questions de recherche :
1 – Quelles sont les principales stratégies de conception qui peuvent être déployées par les architectes pour transformer les niveaux inférieurs en cas de submersion ?
2 – Comment repenser les niveaux supérieurs, afin de permettre un refuge temporaire pour les usagers ?

Portée :
De New York à Shanghai, les villes côtières sont menacées par l’élévation du niveau de la mer et les marées de tempête imprévisibles. Selon un pronostic bien connu, d’ici 2050 environ 68 % de la population mondiale vivra dans des zones urbaines (Révision des perspectives d’urbanisation mondiale, 2018), ce qui implique le développement de structures verticales. 90 % des plus grandes villes du monde sont situées en bord de mer, pourtant, jusqu’à présent, la plupart des efforts déployés pour faire face au changement climatique ont porté bien davantage sur l’atténuation que sur l’adaptation. (Depietri. McPhearson. 2017).
Ces dernières années, les questions liées à l’eau ont fait l’objet d’une grande attention de la part de la communauté internationale. La seule réponse à cette tragédie imminente est d’adopter sans délais une stratégie efficace. (Dimensions of Sustainability, 1999.)
Jusqu’à présent, plusieurs stratégies d’ajout de superstructures ont été proposées dans des villes comme New York. Par exemple, le groupe de développement JDS a redessiné les toits des immeubles résidentiels, créant malheureusement des architectures peu excitantes et réservées aux résidences luxueuses. Ce genre de solution n’est donc pas pertinente pour d’autres types de structures de grande hauteur.

Contributions à long-terme :
Cette recherche contribuera au nécessaire débat sur le design des gratte-ciels contemporains, et plus particulièrement sur l’adaptation des systèmes aux effets du changement climatique. La recherche ouvrira la voie à une stratégie d’adaptation des structures existantes. Elle permettra également de questionner l’esthétique des gratte-ciels à l’ère du changement climatique, dans laquelle ils pourraient devenir des instruments actifs de la résistance et la résilience des villes à des menaces sans précédent.

Mandana Bafghinia, candidate au doctorat, chercheuse responsable
Superviseurs : Jean-Pierre Chupin et Bechara Helal
Assistant de recherche : Conor DeSantis, étudiant en master d’études urbaines

Recherche financée par le Council of Tall Building and Urban Habitat (CTBUH – student research award),

COLLABORATOIRE POUR LA PROMOTION DE LA MOBILITÉ MULTIMODALE: UN ESPACE PUBLIC À LA FOIS

Compte tenu de l’offre de transports en commun et des aménagements d’infrastructures disponibles dans les zones urbaines, pourquoi les gens ne sont-ils pas plus nombreux à délaisser la voiture au profit d’une mobilité multimodale ? Ce changement pourrait améliorer la santé des citoyens et celle de la ville, mais il reste un défi difficile à relever. Le Québec en est un bon exemple : 42 % des émissions de GES de la province sont liées aux transports. Ce chiffre est supérieur à celui d’autres régions industrialisées avancées d’Amérique du Nord, notamment l’Ontario (34 %) et la Californie (38 %) (JCCTRP, 2018). Les centres urbains offrent un accès aux transports en commun et aux infrastructures nécessaires à la mobilité multimodale, mais on constate une forte résistance au changement. L’objectif du partenariat « CoLLaboratoire pour l’activation de la mobilité multimodale » (CAMMM) – mené par Concordia en collaboration avec l’Université de Montréal, la Ville de Montréal, Vélo Québec, Jalon MTL et le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE) – est de sensibiliser et d’encourager des changements de comportement en faveur d’une mobilité urbaine plus durable. Comment pouvons-nous sensibiliser et mobiliser les citoyens en faveur d’une mobilité plus active afin de mieux protéger l’environnement ? Nous partons du principe que les espaces publics sont des lieux de dialogue et de changement. Comment tirer parti du potentiel des espaces publics pour favoriser les modes de transport multimodaux ? Le projet vise à ancrer le débat sur le changement climatique au sein de notre communauté (sensibilisation) et à susciter des comportements respectueux de l’environnement (engagement), afin de donner aux citoyens les moyens d’agir. Après une étude préliminaire portant sur des villes d’Europe et d’Amérique du Nord, destinée à élaborer des grilles d’analyse et des approches d’engagement citoyen, une série d’ateliers se tiendra directement à Montréal. Le partenariat CAMMM mettra au point une plateforme comprenant des méthodes d’analyse, des outils de conception et des processus d’engagement citoyen. Elle permettra à des universitaires et à des acteurs non universitaires de définir, dans le cadre d’ateliers, des défis de conception visant à encourager la mobilité multimodale. Ces défis de conception refléteront les valeurs de la communauté afin que les concepteurs puissent appréhender la portée du projet. Le partenariat CAMMM s’appuiera sur la plateforme générique issue de la première phase de CoLLaboratoire, un laboratoire urbain collectif visant à sensibiliser davantage au changement climatique. Le développement de ce partenariat est spécifiquement axé sur la mobilité multimodale et aidera les partenaires à organiser une série d’événements d’engagement citoyen (conception, idéation, consultation), à recueillir les idées de la communauté et à les analyser en vue d’une mise en œuvre future. Afin de garantir une participation maximale des citoyens, les idées seront présentées en ligne et feront l’objet d’une consultation publique. Des expositions publiques seront organisées pour stimuler davantage le dialogue au sein même de la communauté. La plateforme profitera directement aux partenaires universitaires et non universitaires en leur permettant d’organiser des événements similaires d’engagement citoyen visant à encourager la mobilité active. Elle profitera au grand public grâce à une meilleure sensibilisation aux alternatives de mobilité et à une augmentation potentielle de la mobilité active, améliorant ainsi la santé des citoyens et de la ville. Notre partenariat regroupe six partenaires. La recherche et le développement de la plateforme déboucheront sur des contributions universitaires visant à mieux comprendre comment les espaces publics, même les plus délaissés, peuvent être utilisés pour favoriser la mobilité multimodale. Des enquêtes sous forme d’études de cas viendront enrichir la littérature sur l’aménagement des espaces publics, les méthodes de conception collaborative et l’engagement citoyen. Concordia dirigera le partenariat et sera responsable, avec Jalon et l’UdeM, du développement de la plateforme. Le CRE, Vélo et la Ville de Montréal utiliseront la plateforme pour organiser des événements d’engagement citoyen liés à leurs axes de recherche respectifs. À ce titre, ils apporteront leur expertise sur son fonctionnement, influenceront la conception de la plateforme et contribueront à son développement.

LE TOURNANT ÉCO-DIDACTIQUE DES INSTALLATIONS D’ART ET DE DESIGN DANS LE DOMAINE PUBLIC (1992 – 2017)

Problématique
Ce programme de recherche permettra de cartographier et de théoriser un nouveau type de pratique de l’art environnemental qui a émergé au cours des deux dernières décennies dans les contextes urbains canadiens. Cette nouvelle forme d’art a développé un « discours explicatif » caractéristique ou une stratégie rhétorique dans le domaine public, et traverse les disciplines de l’art, de la conception environnementale et de l’architecture. Nous appellerons provisoirement cette forme d’art « installation éco-artistique ». Ce mode distinct d’installation publique ne cherche pas seulement à persuader le spectateur des priorités écologiques ; il est plutôt motivé par le besoin impérieux d’expliquer et constitue donc en soi une forme entièrement nouvelle de discours explicatif qui transfère ce que nous appelons les « éco-enseignements » dans le domaine public. Nous estimons que ces nouveaux « dispositifs » artistiques témoignent d’un changement historique dans la relation des citoyens aux questions environnementales primordiales au cours des deux dernières décennies. Dans l’écart croissant entre la conscience collective et l’engagement individuel, les artistes ont trouvé un nouveau terrain d’action pour éclairer le public.

Contribution à la connaissance
Malgré le nombre croissant d’installations d’art éco, cette catégorie n’a pas encore fait l’objet d’une attention critique, notamment en raison de la combinaison complexe de l’art, du design, de l’espace public et des éco-enseignements. Nous pensons que la raison de ce manque d’attention réside, en partie, dans le fait que ces œuvres sont intrinsèquement difficiles à évaluer selon les méthodes disciplinaires traditionnelles : elles s’inspirent des beaux-arts, tout en mettant l’accent sur un certain didactisme que les discours artistiques de la fin du 20e et du début du 21e siècle regardent avec méfiance. Ces œuvres sont souvent profondément ancrées dans la conception durable, et, si elles occupent un espace qui évoque à bien des égards l’architecture, l’urbanisme et l’aménagement paysager, elles sont rarement confinées dans l’expertise de ces professions. L’émergence de cet art peut être liée à ce que le public perçoit comme l’échec persistant des politiciens à faire face à la crise écologique. Au-delà de la constitution d’un répertoire en ligne d’installations représentatives de l’art éco canadien, le principal objectif de cette recherche est de documenter les stratégies conceptuelles qui sont le véhicule de ce nouveau discours explicatif dans l’art éco public, et de théoriser la nature didactique des éco-enseignements qui en résultent. Notre hypothèse est que ces nouvelles pratiques hybrides dans le domaine public sont les dépositaires de connaissances inexploitées et indiquent des solutions potentielles, encapsulant une dimension particulière de la conscience environnementale, tout en se distançant de l’éthos abstrait de leurs prédécesseurs. Comment ces pratiques explorent-elles la conjonction de l’art, du design, de l’espace public et de la préoccupation écologique avec des stratégies hautement didactiques ?

Portée
Outre une cartographie scientifique monographique, des publications et des communications, les résultats de cette recherche, rassemblés sur une plateforme numérique bilingue en ligne intitulée « Carte canadienne de l’éco-art », répondront à des objectifs à la fois scientifiques et éducatifs, tels que définis, entre autres, par l’UNESCO, en diffusant l’expertise canadienne dans ce domaine et en présentant spécifiquement les approches didactiques et les idées potentiellement évolutives. Dans une économie numérique en pleine croissance, cette carte sera une ressource importante et innovante pour les étudiants de tous les domaines de l’art et du design, au Canada et dans le monde entier, ainsi pour les institutions et les agents de commande. A travers elle, les citoyens pourront se familiariser davantage avec les débats et les controverses importantes sur l’environnement et seront invités à prendre part à la conversation. Notre analyse des installations d’art éco devrait permettre d’accéder à une compréhension plus approfondie des questions environnementales actuelles et constituer une base de connaissances pour les générations futures.

Carmela Cucuzzella, Cynthia Hammond et Jean-Pierre Chupin
recherche subventionnée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Programme Savoir) 2018-2022

L’ARCHITECTURE SCOLAIRE EN CENTRE-VILLE COMME ESPACE DE RECHERCHE CRÉATION

Cette recherche-création vise à explorer le potentiel didactique de l’architecture dans son rapport avec la ville à travers l’étude et la conception des lieux de l’entre-deux. La problématique de l’innovation en matière d’architecture scolaire en centre-ville canadien au 21e siècle s’y trouve abordée dans une exploration des interfaces entre l’école et la ville

La spatialité de l’entredeux a été étudiée par l’architecte Aldo van Eyck dans les années 1960 ainsi que par le théoricien et professeur Bernard Tschumi depuis le début des années 1990. Leurs écrits et leurs œuvres constituent des références importantes pour notre projet. Les lieux qui relient les espaces d’enseignement et la ville constituent encore une zone grise de la recherche actuelle sur l’architecture scolaire qui tend à s’adresser surtout à la réussite scolaire dans un objectif d’éducation, de socialisation et de qualification à l’emploi plutôt qu’à théoriser la conception des lieux. Nous considérons toutefois que l’expérience d’une architecture attentive à la qualité des espaces d’enseignement et de la ville peut contribuer à sensibiliser les jeunes citoyens à la qualité du cadre bâti.

La conception des écoles et des lieux de l’entre-deux présente de nouveaux défis car les programmes fonctionnels et techniques évoluent lentement. Ces documents techniques qui décrivent en termes qualitatifs et organisationnels les projets d’édifices et à partir desquels les écoles sont conçues reproduisent un modèle d’édifice monofonctionnel avec terrain de jeu extérieur au ras de la chaussée bien qu’il ne corresponde plus depuis longtemps aux réalités foncières des centres-villes.

De façon paradoxale, plusieurs villes canadiennes sont en déficit d’écoles élémentaires qui, pourtant, jouent un rôle clé pour favoriser le développement urbain. Cette recherche-création propose un mode d’investigation original prenant appui sur le concours d’idées. En architecture, un concours d’idées ne mène pas forcément à la construction du projet lauréat, son objectif étant de faire émerger des propositions innovantes et de contribuer activement au débat public.

En plus d’être analysés, les résultats du concours pilote seront accessibles en ligne, en français et en anglais, sur le site de Catalogue des Concours Canadiens et feront l’objet d’une exposition publique. Ce faisant, ce projet entend contribuer également à la définition de la recherche-création en architecture ainsi qu’à une meilleure compréhension du rôle des concours dans le renouvellement de la discipline et de la profession. Il soutiendra la formation de futurs chercheurs et de futurs architectes qui seront initiés à la recherche en travaillant sur des questions qui exigeront leur contribution dans les années à venir.

La méthodologie du projet reprend un principe que nous avons testé lors d’un premier projet de recherche-création CRSH qui portait sur le logement social en tant que moteur de la transformation des centres-villes canadiens et montréalais : le volet création reposait également sur la tenue d’un concours mobilisant des étudiants de niveau maîtrise.

Ce nouveau projet entend mobiliser des chercheurs des disciplines de l’architecture, de la pédagogie, de la sociologie, de la psychologie, du design urbain et du paysage en vue de développer de nouvelles collaborations pancanadiennes. À l’extérieur de la communauté des chercheurs, le projet devrait fortement intéresser les commissions scolaires des grandes villes au Canada et à l’international, ainsi que des groupes représentant diverses parties prenantes.

Anne Cormier, Jean-Pierre Chupin et Georges Adamczyk
recherche subventionnée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Programme Développement Savoir) 2018 – 2021

LA QUALITÉ ARCHITECTURALE DES INSTITUTIONS CULTURELLES AU CANADA : DES DÉFINITIONS CHANGEANTES POUR LES PRIX D’EXCELLENCE

Problématique
Pendant les deux dernières décennies, l’omniprésence des prix d’excellence au Canada a mis en lumière la question de la qualité architecturale, notamment vis-à-vis de la conception et la construction des institutions culturelles. Au cours de cette période, la profession comme la discipline architecturale ont été confrontées à la montée de deux paradigmes majeurs à l’origine de changements radicaux dans le cadre théorique : l’impératif de l’environnementalisme et l’avènement des nouvelles technologies numériques.
Notre hypothèse est que ces changements majeurs ont influencé le jugement de la qualité de notre environnement bâti et de celle des bâtiments publics. Nous proposons de rendre explicites ces influences en les théorisant à travers une série d’analyses comparatives des prix d’excellence canadiens. Comment les critères de qualité ont-ils été établis dans les prix canadiens depuis 1995 ? Comment le jugement architectural oscille-t-il entre la signification des formes et la performance environnementale, le symbolisme et l’innovation ?

Contribution à la connaissance
Nous proposons de cataloguer, de comparer et de classer la qualité architecturale au Canada depuis le milieu des années 1990. A l’aide d’un corpus général de plus de 1300 prix attribués à des bâtiments au cours des deux dernières décennies, nous examinerons un corpus spécifique de 150 bâtiments culturels, comptant notamment des bibliothèques et des centres civiques, programmes qui suscitent un large intérêt du public pour la qualité architecturale. Cette recherche implique un discours diachronique et synchronique ainsi qu’une analyse formelle avancée. Nous comparerons des ensembles de bâtiments primés, décodant les critères de jugement et déconstruisant les dispositifs auxquels ils sont liés. À partir de ces analyses, nous élaborerons des cartographies historiques, théoriques et critiques, en tenant compte de l’échelle, du programme et de la fonction de chacun des édifices primés.

Pour traiter ce phénomène complexe, l’équipe combine l’expertise multidisciplinaire de chercheurs dans les domaines de la théorie de l’architecture, du design thinking, de l’histoire de l’art et de la science, de la conception environnementale et de la théorie de l’innovation. Notre équipe a acquis une reconnaissance internationale pour son travail sur les concours de projets avec jury. Grâce à une subvention de la Fondation canadienne pour l’innovation, nous avons acquis l’infrastructure numérique nécessaire à la documentation et au recoupement comparatif des données architecturales. Cette recherche antérieure était axée sur les projets non construits puisque les concours jugent les propositions architecturales telles qu’elles sont représentées dans une série de dessins d’architecture et de maquettes. Ce nouveau programme de recherche se concentre spécifiquement sur les prix d’excellence décernés aux bâtiments achevés, première étape méthodologique et théorique par la constitution d’une carte canadienne de la qualité architecturale.

Portée
Cette recherche permettra d’améliorer notre compréhension historique et théorique des représentations et de l’évaluation de la qualité de l’architecture publique au Canada, en particulier celle des institutions culturelles. Elle fournira une évaluation des définitions et critères récurrents en portant une attention particulière aux thèmes de l’innovation, du développement durable, de l’inclusion dans un contexte donné et de la représentation. Les résultats seront en accès libre sur Internet sous la forme d’un atlas interactif, présentant des cartographies associées aux projets exemplaires. Notre étude contribuera à une meilleure connaissance du patrimoine contemporain et s’efforcera de mettre en place les meilleures pratiques dans la formation des décideurs politiques, des comités de conception et des comités d’attribution des prix. Plus largement, une meilleure compréhension des critères de qualité architecturale aura un impact sur le jugement de la qualité au sein de toutes les disciplines qui déploient des critères qualitatifs d’excellence.

Jean-Pierre Chupin, Carmela Cucuzzella, David Theodore, Georges Adamczyk
recherche subventionnée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Programme Savoir) 2017 – 2020

CONCEVOIR DES LIEUX AVEC, PAR ET POUR LES PERSONNES AUTISTES

Si la justesse du cadre architecturé et de son aménagement intérieur doit assurer la sécurité et la fonctionnalité du lieu, elle intervient aussi directement sur le bien-être de la personne par la possibilité d’une expérience du lieu signifiante, par le niveau de confort, par la qualité et la diversité des interactions sociales qu’elle favorise. Cette incidence est décuplée chez les personnes autistes, qui se distinguent par une sensibilité exacerbée à leur environnement et par des modalités et des besoins de communication différents, le tout ayant un impact parfois majeur sur les capacités à s’adapter à leur environnement. Bien qu’il existe aujourd’hui une quantité appréciable de documentation sur la conception des environnements des personnes autistes provenant de spécialistes de l’aménagement et des sciences humaines et sociales, aucune étude recensée n’intègre ces différents regards. La perspective des personnes autistes elles-mêmes est rare, alors que l’autisme est de plus en plus reconnu comme une variante de plein droit de la diversité humaine, et les personnes autistes comme des partenaires dans la compréhension et l’élaboration de réponses à leurs besoins.

C’est la nécessité d’accéder à une compréhension affinée de l’expérience des personnes autistes dans l’environnement bâti et des facteurs intervenant sur leur bien-être qui a amené des chercheurs en design d’intérieur, psychiatrie et sciences de l’information à élaborer ce projet en y incluant des personnes autistes, afin de mettre en oeuvre un dispositif de conception de l’environnement bâti, avec, par et pour les personnes autistes. Cette recherche poursuit trois objectifs : [A] évaluer des stratégies de conception de lieux existants destinés spécifiquement aux personnes autistes et, sur cette base, projeter des pistes d’innovation ; [B] décrire et caractériser les composantes de l’environnement bâti influençant le bien-être des personnes autistes ; [C] concevoir une formule pédagogique en design d’intérieur pour la co-conception de l’environnement bâti basée sur l’expérience de personnes autistes. Le projet se déploie en trois volets : [1] une évaluation post-occupationnelle de lieux existants, destinés aux personnes autistes ; [2] la mise en place d’une formule pédagogique de co-conception basée sur l’expérience de personnes autistes, dans le contexte universitaire d’ateliers de design d’intérieur ; et [3] la consultation en ligne d’un vaste bassin d’usagers potentiels à l’aide des propositions d’environnements virtuels produits lors du volet 2 de la recherche.

Cette recherche propose une orientation scientifique unique en élaborant un procédé à trois étapes qui se conjuguent, pour comprendre, évaluer et intégrer aux pratiques de conception les facteurs favorisant le bien-être des personnes autistes. Son approche novatrice se distingue en inversant les paradigmes dominants et en plaçant des personnes autistes en position de pouvoir par leur statut de co-concepteur et de partenaire. Cette étude permettra l’élaboration de pratiques de conception innovantes, rigoureuses et ancrées dans des savoirs expérientiels, nécessaires aux développeurs de milieux de vie inclusifs, conçus en considération de la neurodiversité et adaptés à la pluralité des occupants. Les résultats visés pourront avoir un impact majeur sur le bien-être et l’autonomie des personnes autistes, et favoriser leur participation à la vie sociale active.

Virginie Lasalle, Cynthia Hammond, Bechara Helal avec Baudouin Forgeot d’Arc (psychiatrie) et Vincent Larivière (sciences de l’information)
recherche subventionnée par le Fonds de Recherche Québec Société Culture (programme intersectoriel Audace) 2017-2021

L’AGENCEMENT DU COMMUN. REPENSER LES INTERFACES MUNICIPALES MONTREALAISES PAR LE PROJET

Le projet L’agencement du commun réévalue et repense la conception des espaces publics dans le contexte montréalais des 25 dernières années. Il relève les tendances qui marquent la production du domaine public bâti de la métropole québécoise en proposant de reconcevoir la formalisation des relations collectivités-individus par la recherche-création. Le projet étudie la façon dont la Ville de Montréal et ses arrondissements ont mis en place ou modifié les interfaces physiques servant à connecter les entités administratives et politiques aux occupants de la ville. La méthodologie de recherche se base sur des études de cas à différentes échelles et de différents types incluant le bac de récupération, les abribus, les points de service de la Cour municipale, les écocentres et les bureaux Accès Montréal. Le sujet d’étude est donc l’espace public dans un sens très large, ralliant l’espace civique et politique urbain à l’expérience quotidienne. Durant les trois ans que durera le projet nous prévoyons établir un répertoire de cas ainsi que faire une recherche approfondie sur une sélection de dix à douze projets. Nos méthodes incluent la recherche documentaire, la prise de photos sur le terrain, l’analyse par le dessin et des entretiens avec des personnes ayant participé à l’élaboration des projets. Notre objectif, au terme de ces trois années, est d’être en mesure d’établir des liens de parenté entre les divers projets étudiés, de synthétiser cette facette du développement de l’espace public et politique de Montréal et de suggérer quelques pistes de réflexion sur son développement futur. Il s’agit donc de renouveler notre conception collective des espaces publics, tout en soulevant des questions sur l’éthique et la représentation dans le projet de design, questions importantes dans le contexte social, économique et politique actuel.

Thomas-Bernard Kenniff, Virginie Lasalle, Anne Cormier et Louise Pelletier
recherche subventionnée par l’UQAM et le Fonds de Recherche Québec Société Culture (soutien à la relève professorale)  2017-2021[vc_gallery interval= »3″ images= »22476,22478,22479,22480″ img_size= »large »]