CE QUI N’EST PAS ACCESSIBLE N’EST PAS PUBLIC: Une nouvelle recherche financée par le CRSH (SAVOIR) vise à mieux comprendre pour mieux remédier au manque d’accessibilité des édifices et des lieux publics dans le contexte canadien

Coordonnée par la Chaire de recherche du Canada en architecture, concours et qualité de l’Université de Montréal (Prof. Jean-Pierre Chupin) ce projet reçoit un financement de 412 000$ du programme SAVOIR du CRSH (2026-2031). L’approche interdisciplinaire rassemble des chercheurs en design d’intérieur de l’Université de Montréal (Dr Olivier VallerandProf. Carmela Cucuzzella), en architecture de paysage de University of Toronto (Prof. Rob M. Wright) et en planification urbaine de Toronto Metropolitan University (Dr Samantha Biglieri). 

Résumé

Il est désormais prévisible que tous les bâtiments publics ne seront pas accessibles d’ici 2040, malgré l’adoption de la Loi canadienne sur l’accessibilité (LC 2019, ch.10). En reproduisant des barrières qui excluent de fait les personnes en situation de handicap, ces lieux ne peuvent pas remplir leur rôle « public ».

Contrairement aux progrès réalisés en matière d’environnement et de durabilité, le manque de compréhension des implications spatiales des expériences liées aux handicaps et aux besoins particuliers reste un obstacle majeur aux réponses éducatives, pratiques et politiques dans toutes les disciplines de l’environnement bâti. Nos recherches antérieures ont démontré comment les prix d’excellence et les concours influencent les définitions de la qualité en architecture, en design d’intérieur, en architecture de paysage et en urbanisme. 

Nous émettons l’hypothèse que les concours et les prix reflètent encore des préjugés culturels et comportementaux et ne soutiennent pas les exigences de la Loi sur l’accessibilité. Les représentations des usagers restent ancrées dans une vision du monde où le corps humain est idéalisé et normalisé par des images simplistes dont la neurodiversité est remarquablement absente. Nous proposons de rendre explicites ces barrières idéologiques et procédurales, en les théorisant à travers une série d’analyses comparatives de projets de concours et de prix d’excellence dans le contexte canadien. 

À l’aide de deux bases de données constituées par notre équipe (Catalogue des Concours Canadiens et ArchiQualiData), la recherche se concentre sur une quarantaine de situations à différentes échelles de l’espace public identifiées dans des institutions canadiennes, telles que : des édifices culturels, des bibliothèques, des centres sportifs, des écoles publiques, des parcs publics et des centres civiques. De façon contradictoire, ces situations soulèvent des questions d’accessibilité à des degrés divers, bien qu’elles répondent aux exigences des normes et standards en vigueur. La recherche implique une analyse comparative qualitative des projets, celle des cadres théoriques, mais également un inventaire des approches et lacunes éducatives, ainsi que la collecte d’expériences vécues par un groupe de référence selon 4 axes :

  • Axe 1 (POLITIQUES) – Le problème des normes d’accessibilité en tant que références en matière d’accès (Coordonné par Jean-Pierre Chupin et Samantha Biglieri)
  • Axe 2 – (THÉORIES) – Repenser les représentations et les concepts d’accessibilité au prisme de la qualité inclusive (Coordonné par Olivier Vallerand et Jean-Pierre Chupin)
  • Axe 3 (MÉTHODES) – Améliorer les méthodes d’évaluation et de mesure de la qualité inclusive à travers l’expérience vécue. (Coordonné par Samantha Biglieri et Olivier Vallerand)
  • Axe 4 (PÉDAGOGIES) – Sensibilisations et formations académiques aux barrières comportementales et à la valeur sociale des environnements sans obstacle (Coordonné par les professeurs Carmela Cucuzzella et Rob Wright)

Pour traiter ce phénomène complexe, l’équipe combine une expertise multidisciplinaire dans les domaines de la théorie de l’architecture, du design thinking, des études de genre et des théories queers, des études urbaines et de la recherche en paysage. Notre équipe a acquis une reconnaissance internationale pour son travail sur les concours et les prix d’excellence. Deux subventions de la Fondation canadienne pour l’innovation ont permis la mise en place d’infrastructures numériques pour la documentation qui serviront au recoupement comparatif et qualitatif de données spécialisées qui sont offertes en libre accès.

Cette étude entend contribuer à une meilleure compréhension des limites des normes, des standards et des politiques liées à l’accessibilité. Elle appelle à une sensibilisation accrue dans l’éducation des concepteurs et conceptrices, dans la formation des fonctionnaires chargés des marchés publics, et de façon générale, dans la sensibilisation accrue des membres des jurys de concours et de prix dans tous les domaines de l’environnement bâti.

Pour toute information complémentaire : 

Public Exclusions: Understanding and Addressing the Inaccessibility of Public Buildings and Places in the Canadian Context

Social Sciences and Humanities Research Council of Canada INSIGHT Grant (#435-2026-1072):

Mise à jour CCC avec un éditorial de Yolene Handabaka Ames| Propositions des concours du Centre Gadbois (2023), du Centre culturel multifonctionnel de Beaconsfield (2024) et de Réimaginer la rue commerçante (2021)

Le Catalogue des Concours Canadiens est régulièrement mis à jour par la Chaire de recherche du Canada en architecture, concours et qualité (CRC-ACQUA) de l’Université de Montréal. Parmi les dernières entrées signalons 3 ensembles concernant des centres culturels, des paysages urbains et plus d’une quarantaine de projets conçus au Québec.

1 – Le concours pour le Centre Gadbois (2023) remporté par Prisme + ADHOC inc.

Le Centre Gadbois occupe une place paradoxale dans l’imaginaire collectif montréalais. Construit en 1960 dans le cadre de la démocratisation du sport par la ville , il a depuis été transformé par des ajouts progressifs, survivant à l’ombre de l’échangeur Turcot tout en servant des générations d’athlètes et de citoyens. Alors que Montréal réimaginait cette installation emblématique, le concours de conception pour sa rénovation et sa reconstruction partielle est devenu plus qu’un simple exercice technique : il s’agissait d’une réflexion sur la manière dont la mémoire, le paysage et la communauté peuvent être réintégrés dans le tissu même de l’architecture. Ainsi, le nouveau Centre Gadbois mettrait en valeur les éléments patrimoniaux du bâtiment d’origine, s’intégrerait au tissu urbain environnant et offrirait à la communauté un meilleur accès aux sports et aux loisirs.

Extrait de l’éditorial de Yolene Handabaka Ames, doctorante en architecture à l’Université de Montréal :

« L’objectif du concours d’architecture multidisciplinaire en deux étapes, lancé par la Ville de Montréal en 2023 était la conception du projet de rénovation et de reconstruction partielle du Centre Gadbois, un bâtiment d’intérêt patrimonial et une importante installation sportive communautaire située dans l’arrondissement du Sud-Ouest, près de l’échangeur Turcot et du lieu historique national du Canal-de-Lachine.

Le cahier des charges du concours était ambitieux. Il exigeait une démolition minimale et la restauration des éléments clés de la structure de 1960, la réorganisation d’un intérieur complexe et la création d’un espace civique central. L’intégration urbaine était essentielle : le bâtiment devait s’ouvrir sur le parc Gadbois, le woonerf Saint-Pierre et le canal, tout en remédiant aux séquelles laissées par les infrastructures routières.

La transition écologique était tout aussi centrale, avec la certification LEED Argent comme référence et des objectifs plus larges alignés sur l’Agenda 2030 de Montréal. Au-delà des aspects techniques, le projet devait incarner l’inclusivité grâce aux principes ADS+, afin que Gadbois s’adresse à tous les citoyens. »

Yolene Handabaka Ames

Consulter l’éditorial

2 – Le concours pour le nouveau centre culturel multifonctionnel de Beaconsfield (2024) remporté par Lemay + Bouthillette Parizeau + Elema

Le concours d’un nouveau centre culturel multifonctionnel de la Ville de Beaconsfield est un concours d’architecture pluridisciplinaire qui consiste à doter la municipalité d’un projet d’architecture et d’aménagement public regroupant une bibliothèque et des espaces de soutiens aux activités culturels.

Consulter la fiche de concours

3 – Le concours Réimaginer la rue commerçante (2021) remporté par Étienne Bernier Architecture + Julien Delannoy

Le concours d’idées en design urbain pour le réaménagement de la rue Notre-Dame, à Lachine, vise à stimuler la recherche de propositions novatrices qui enrichiront la réflexion sur l’avenir de cette artère. Les résultats du concours seront compilés dans un « cahier des possibles » qui servira de base de discussion pour la démarche de concertation avec les acteurs du milieu (citoyens, commerçants, élus, fonctionnaires, développeurs, etc.) en vue de planifier les aménagements qui seront réalisés à la suite des travaux d’infrastructure devant être effectués au cours des prochaines années.

Consulter la fiche de concours

Récits de Voyage

Date : mardi 7 avril 2026
Heure : de 17 h 30 à 18 h 30
Lieu : salle 3110

Événement modéré par Paloma Castonguay-Rufino, candidate au doctorat à la Chaire de Recherche du Canada en Architecture, Concours et Qualité (CRC-ACQUA) et au Laboratoire d’Étude de l’Architecture Potentielle (LEAP)

Les récits de voyage se présentent comme des outils servant à capturer les différents aspects de l’expérience du voyage, en tant qu’une forme d’immersion culturelle. Dans le domaine de l’architecture, ils s’accompagnent de différents moyens de capturer ces expériences à travers des textes, des croquis, des détails architecturaux, des photographies, des collages, etc. Ainsi, le récit de voyage nous permet d’explorer une culture et ses situations, à travers un regard personnel et intime, ainsi qu’une vision architecturale.

Au programme :

Maria Moreno Ramirez
Vers une architecture féministe : repenser l’habitat collectif pour des milieux de vie inclusifs
Bourse de voyage du fonds Jodoin Lamarre Pratte architectes 2025

Xavier St-Jean, ancien membre étudiant CRC-ACQUA et LEAP
Faudrait-il de nouveaux Jeux olympiques à Montréal pour rendre la ville accessible ? Paris 2024 comme cas d’étude de la réhabilitation accessible des équipements sportifs existants
Bourse universitaire de l’OAQ 2025

Frédérick Langevin
La course vers l’or blanc, que reste-t-il aujourd’hui?
Bourse André‑Francou 2025

Joëlle Tétrault, ancienne membre étudiante CRC-ACQUA et LEAP
Titre de la présentation à venir
Bourse André‑Francou 2024

Séminaire doctoral avec Dre Marie Cecile Kotyk 

Date et heure : Le 18 mars 2026 de 13 h 30 à 17 h 00.
Lieu : LEAP, salle 2064 (Faculté de l’Aménagement, UdeM)

Avec Dre. Marie Cecile Kotyk, Professeure assistante de la School of Architecture, Planning and Landscape Architecture (SAPL), Université de Calgary et membre de la Design Justice Research Chair

Et en discussion avec Dr. Jean-Pierre Chupin, Professeur de l’École d’architecture, Université de Montréal
Chaire de recherche du Canada en architecture, concours et médiations de l’excellence

Présentation des étudiants et des candidats au doctorat : 

Juliane Alexandre Colmado, étudiante au doctorat individualisé en architecture, Université de Montréal

The Phonotope : shaping sound for a (un-)silenced architecture

Olivia Daigneault Deschênes, étudiante au doctorat individualisé en architecture, Université de Montréal

From Tlachiuak, Montreal (Tiohtià :ke) to Lucha y Siesta, Roma : Architecture as complicit in emancipatory struggles

Yolene Handabaka Ames, étudiante au doctorat individualisé en architecture, Université de Montréal

Between demolition and adaptative reuse : social value as a lever of bottom-up heritage-making

Paloma Castonguay-Rufino, étudiante au doctorat individualisé en architecture, Université Montréal

From post-industrial obsolescence to civic space : reconversion cultures and the architectural reuse of industrial heritage in Canada

Shantanu Biswas Linkon, étudiant au doctorat individualisé en architecture, Université de Montréal

Indexing social value in architecture : comparing community centers and libraries both in Bangladesh and Canada through inclusiveness and spatial justice

Raquel Fernandez, étudiante au doctorat individualisé en architecture, Université de Montréal

Women’s collective housing : a feminist approach to housing

Cyrille Jérôme Tchango Ngamaleu , étudiant au doctorat individualisé en architecture, Université de Montréal

The intention to support care through architecture : a comparative study of the tectonics of the Maggie Centers’ Pavilions

From Design Injustice to Design Justice: Why the Built Environment Must Change

 

Conférence de Marie Cecile Kotyk, Université de Calgary

Date : Mercredi 18 mars 2026, 17h30

Lieu : Université de Montréal, Faculté de l’Aménagement, Amphi 1120

Conférence organisée par le laboratoire LEAP et l’École d’architecture

L’architecture et l’urbanisme ont historiquement produit des inégalités mais la conception du projet du point de vue de la « justice spatiale » permet d’envisager des environnements bâtis plus équitables, inclusifs et communautaires.

Le design n’est jamais neutre. De la pure discrimination par la rénovation urbaine à l’architecture hostile et au zonage exclusif, l’environnement bâti a de tout temps été utilisé pour renforcer les inégalités en matière d’accès au logement, à la sécurité, à la mobilité et aux opportunités. Cette présentation introduit la notion « justice par le design » comme cadre critique pour affronter cet héritage et transformer la manière dont nous planifions, concevons et gouvernons les villes. Des exemples historiques, des études de cas contemporains et des initiatives communautaires, dans les domaines du logement, des espaces publics, de la résilience climatique et de l’éducation, montrent comment le projet peut passer du maintien de l’injustice à la redistribution active du pouvoir. Fondée sur l’expérience vécue et la pratique participative, la conférence explique pourquoi la justice dans le design n’est pas facultative, mais essentielle à la création de communautés inclusives, équitables et justes.

Dr. Marie Cecile Kotyk

Assistant Professor / Design Justice Research Chair

School of Architecture, Planning, and Landscape Architecture (SAPL)

University of Calgary

 

Marie Cecile Kotyk est une urbaniste primée, une professionnelle du logement et une chercheuse en justice spatiale qui compte plus de 15 années d’expérience dans la promotion de l’équité dans les secteurs public et à but non lucratif. En tant que figure de proue de la recherche communautaire et de la justice spatiale, son travail s’attaque aux forces systémiques qui produisent des inégalités raciales dans l’environnement bâti, en particulier pour les communautés noires, autochtones et structurellement marginalisées. Ses recherches doctorales ont conduit à la création du Black Housing Equity Framework visant à lutter contre le racisme anti-Noirs dans les politiques et la conception du logement. Grâce à son leadership dans la création de l’initiative UDesign Justice à l’université de Calgary, Dr Kotyk met en place un centre transdisciplinaire qui rassemble des universitaires, des membres de la communauté et des praticiens afin de co-créer des solutions axées sur l’équité pour une transformation spatiale, sociale et systémique.

 

Contact : Jean-Pierre Chupin, Chaire de recherche du Canada en architecture, concours et qualité (CRC-ACQUA) + Laboratoire d’étude de l’architecture potentielle (LEAP)